RAJASTHAN
Ranakpur : Découverte des Temples jaïns et de la culture Vishnoï

JOUR 7

VISITE DES TEMPLES D’ADINATHA

Il est 13 heures et nous arrivons enfin à Ranakpur. Nous sommes plus précisément à Khajurâho dans l’Etat du Madhya Pradesh. C’est un endroit isolé au milieu des collines d’Aravalli. Pas un village, plutôt un lieu-dit. Il n’y a ici aucun commerce. Nous sommes là pour visiter les temples d’Adinatha mais nous ne savons pas vraiment à quoi nous attendre. ll y a peu de touristes, peut-être une dizaine, et surtout des pèlerins.

Nous sommes sur l’un des cinq lieux de pèlerinage majeur du jaïnisme. La construction du site a commencé au XVe siècle mais il a été maintes fois détruit et reconstruit. Il y a ici quatre temples de marbre blanc inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO : un temple principal et trois temples secondaires. De l’extérieur, le temple principal ne présente pas moins de 80 coupoles et une multitude de tourelles. La façade présente trois bandes de sculptures d’une incroyable finesse.

Une fois monté l’escalier de la porte principale, nous entrons dans le temple et sa beauté nous éblouit littéralement. On ne sait plus où regarder. Des centaines de colonnes de marbre finement sculptées baignent dans une douce lumière ; il y en a exactement 1444 !! C’est une forêt de pierre de 4 400 mètres carrés.

Dans le respect de l’architecture chaumukha, chaque statue fait face à une autre statue. La fraîcheur qui règne à l’intérieur de l’édifice contraste fortement avec la chaleur extérieure. Au-dessus de nous, se trouve une immense coupole et nous sommes comme dans un écrin. Il a fallu 65 ans à 3000 ouvriers pour achever cette merveille.

Ce ne sont que décors floraux, volutes, animaux, musiciens et apsara (nymphes indiennes). En face de nous apparaît le sanctuaire où seuls les pèlerins peuvent se recueillir mais nous apercevons quand même la divinité. Nous faisons le tour du sanctuaire et pénétrons successivement dans 24 halls différents. Le mur intérieur de l’enceinte abrite 84 chapelles où sont posées des statuettes rappelant bouddha. Il ne s’agit pourtant pas de Bouddha puisque la religion jaïne précède le bouddhisme de 5 siècles. Des influences sans doute…

Ne passez pas à côté de la statue du serpent à 108 têtes sculptée dans un monolithe de marbre.

Infos pratiques : Prix d’entrée : 1100 Rs pour nous 5. Aucun élément en cuir ne peut intégrer le temple. Les femmes ayant leurs règles sont invitées à rester à l’extérieur. On prête des pantalons à ceux qui portent shorts et bermudas et les femmes doivent se voiler. La « cantine » du temple est ouverte de 11h à 13h puis de 17h à 18h.

Quelques mots sur le jaïnisme… Le jaïnisme est l’une des plus anciennes religions du monde puisqu’elle serait apparue 10 siècles avant J.-C. Elle a donc forcément influencé l’hindouisme et le bouddhisme. Elle est fondée sur le respect absolu du vivant. Les dix millions d’adeptes (dont la moitié en Inde) ne mangent ni viande, ni poisson, ni aliments poussant sous terre car ils pourraient alors ingérer des insectes. Certains adeptes vont même jusqu’à mettre un voile devant leur bouche pour ne pas avaler d’insectes par inadvertance. C’est une religion sans dieu et qui est ouverte à toutes les castes. Pour tout homme, la non-violence, la sincérité, l’honnêteté, le désintéressement à la possession et la probité sexuelle sont les cinq voeux majeurs qui permettent d’accéder au nirvâna. Ceux qui y parviennent sont adorés au titre de maîtres spirituels, les Tirthankaras. Le temple principal d’Adinatha est consacré au premier Tirthankara de la cosmologie jaïne. L’univers ne fait qu’un et toutes les vies sont interdépendantes. L’univers est fait de particules invisibles dont certaines s’agrègent au cœur des hommes qui font le bien. Il faut noter que les hindous reconnaissent la lignée des Tithankaras ainsi que les principes fondateurs du jaïnisme. Le yoga est philosophiquement lié à la pratique de cette religion.

Nous sommes restés deux heures dans le temple principal à contempler les sculptures, à déambuler dans les chapelles et à parler aux pèlerins. Nous quittons le temple avec le sentiment d’avoir vu quelque chose d’exceptionnel et pour tout dire de plus marquant que le Taj Mahal lui-même. Nous rejoignons notre guide qui s’est un peu impatienté. Il faut dire qu’il nous attendait à l’extérieur en pleine chaleur. Nous avons pris du retard sur notre programme.

RENCONTRE AVEC LES VISHNOIS, LES PREMIERS ECOLOGISTES

Vers 15 heures, nous mangeons puis reprenons la route pour Jodhpur. À 30 minutes de l’arrivée, nous nous arrêtons pour aller à la rencontre des Vishnoïs (ou bishnoïs). Ils sont un peu plus d’un million à vivre au Rajasthan mais ont souvent déserté les villages au profit des villes. Ils sont connus pour le respect du vivant (animal et végétal) et pour la pratique de l’allaitement inter-espèces ; les femmes allaitent les antilopes, les gazelles et les faons abandonnés et blessés. Comme le Dieu des vishnoïs réside dans toutes vies, il faut donc tout faire pour sauver un animal blessé ou un arbre malade. Ils sont évidemment végétariens et, contrairement aux hindous, ne brulent pas leurs morts mais les enterrent. Leur gestion de l’eau est rationnelle. Ce sont sûrement les premiers défenseurs du vivants.

Avant d’aller à la rencontre des vishnoïs, notre guide nous informe que nous devons obligatoirement louer les services d’un guide dédié (prix : 1600 Rs/pers.). Le tarif est manifestement excessif mais nous n’avons pas le temps de trouver une alternative.

Petit tour en 4×4 dans la campagne aride pour apercevoir quelques antilopes nilgaut et des paons. Les enfants sont toujours heureux de voir des animaux en liberté mais Anaïs et moi trouvons cela un peu light pour le prix payé. Nous nous arrêtons dans un atelier de poterie. Hugo essaie avec peu de succès mais beaucoup de bonne volonté de pétrir une jarre.

Nous sommes ensuite reçus dans une famille Vishnoï qui nous présente sa modeste demeure. Dans un coin, une femme a allumé un feu et prépare à même le sol des chapatis (pains traditionnels indiens). Comme il est interdit de couper du bois, le feu est alimenté par des galettes de bouses de vache.

Le chef de famille est habillé de blanc en signe de dévotion. Il nous montre la décoction de l’opium et nous propose d’y goûter. Bien qu’interdite, cette puissante drogue est ici tolérée mais pour un usage strictement privé. Nous refusons poliment malgré l’insistance de notre hôte qui nous promet une résistance aux maladies et à la fatigue.

La décoction de l’opium

Les villageois chez qui nous sommes n’ont pour toutes richesses que cinq vaches et quelques arpents de terre. La déception est grande lorsque notre guide nous dit que nous ne verrons pas les femmes allaiter les animaux. Nous étions venus pour cela mais, comme il nous l’explique, cette pratique est en déclin.

A lire sur les Vishnoïs : « La forêt des 29″ de Irène Frain.

Une autre famille Vishnoï installée non loin de là nous montre le travail du tissage. Cette fois, c’est Théo qui s’y essaie. Deux semaines de travail sont nécessaires pour faire une tissage d’un mètre vendu une centaine d’euros. Ici, le temps ne passe pas de la même façon qu’en occident et l’argent n’a pas la même valeur.

BILAN :
❤️❤️❤️ Temples d’Adinatha. C’est un incontournable.
❤️🤍🤍 Visite des Vishnoïs (tarif excessif du guide et un côté un peu trop touristique… disons un manque d’authenticité).

Nous reprenons la route pour rejoindre Jodhpur qui n’est plus qu’à une demi-heure. On the road again 🎶🎶… mais Margaux garde le sourire.

RAJASTHAN – ETAPE 6 : JODHPUR
1 jour

Après avoir quitté Ranakpur, nous arrivons à Jodhpur dans le tumulte d’une fin d’après-midi. Nous avons parcouru 155 kilomètres en 3 heures. Avec plus d’un million d’habitants, c’est la deuxième ville du Rajasthan. Hâte de visiter l’imposant Fort Mahrangarth qui surplombe la ville.

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