RAJASTHAN

À la découverte de la culture Vishnoï et des Temples Jaïn

Durée sur place (Période) : 1 jour (avril 2024)
Dernière mise à jour : Janvier 2026.
Temps de lecture : 11 minutes.
Crédits photos : ©️ Stéphane Gounon


JOUR 1

Une noria sur la route de Ranakpur

1°) Visite des Temples d’Adinatha

Il est 13 heures et nous arrivons enfin à Ranakpur. Nous sommes plus précisément à Khajurâho dans l’Etat du Madhya Pradesh. C’est un endroit isolé au milieu des collines d’Aravalli. Ce n’est pas un village mais plutôt un lieu-dit. Il n’y a ici aucun hôtel, aucun commerce. Nous sommes là pour visiter les Temples d’Adinatha mais nous ne savons pas vraiment à quoi nous attendre. ll y a peu de touristes, peut-être une dizaine, et surtout des pèlerins.

Nous sommes sur l’un des cinq lieux de pèlerinage majeur du jaïnisme. La construction du site a commencé au XVe siècle mais les édifices ont été maintes fois détruits et reconstruits. Il y a ici quatre temples de marbre blanc inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO : un temple principal et trois temples secondaires. De l’extérieur, le temple principal ne présente pas moins de 80 coupoles et une multitude de tourelles. La façade présente trois bandes de sculptures d’une incroyable finesse.

Une fois monté l’escalier de la porte principale, nous entrons dans le temple et sa beauté nous éblouit littéralement. On ne sait plus où regarder. Des centaines de colonnes de marbre finement sculptées baignent dans une douce lumière. Il y en a exactement 1444 !! C’est une forêt de pierre de 4 400 mètres carrés.

Dans le respect de l’architecture chaumukha, chaque statue fait face à une autre statue. La fraîcheur qui règne à l’intérieur de l’édifice contraste fortement avec la chaleur extérieure. Au-dessus de nous, se trouve une immense coupole et nous sommes comme dans un écrin. Il a fallu 65 ans à 3000 ouvriers pour achever cette merveille.

Ce ne sont que sculptures de décors floraux, d’animaux et de musiciens. On peut voir beaucoup de représentations de nymphes indiennes appelées apsara. Nous nous retrouvons face au sanctuaire où seuls les pèlerins peuvent se recueillir. Impossible d’y entrer mais nous parvenons quand même de loin à voir la divinité. Nous faisons le tour du sanctuaire et pénétrons successivement dans 24 halls différents. Le mur intérieur de l’enceinte abrite 84 chapelles où sont exposées des statuettes rappelant la figure de Bouddha. Il ne peut pourtant pas s’agir d’une influence bouddhiste puisque la religion jaïne précède le bouddhisme de cinq siècles. C’est le bouddhisme qui a été influencé par cette religion.

Ne passez pas à côté de la statue du serpent à 108 têtes sculptée dans un monolithe de marbre. Elle est d’une rare finesse.

Statue du serpent à 108 têtes

Infos pratiques : Prix d’entrée : 1100 Rs pour nous 5. Aucun élément en cuir ne peut intégrer le temple. Les femmes ayant leurs règles sont invitées à rester à l’extérieur. On prête des pantalons à ceux qui portent shorts et bermudas et les femmes doivent se voiler. Il est possible de se restaurer à la « cantine » du Temple qui est ouverte de 11h à 13h et de 17h à 18h. Durée de la visite sur place : 2h00.

Quelques mots sur le jaïnisme

Le jaïnisme est l’une des plus anciennes religions du monde puisqu’elle serait apparue 10 siècles avant J.-C. Elle a donc forcément influencé l’hindouisme et le bouddhisme. Elle est fondée sur le respect absolu du vivant. Cette religion compte dix millions d’adeptes dans le monde dont la moitié se trouve en Inde. Ils ne mangent ni viande, ni poisson, ni aliments poussant sous terre car ils peuvent contenir des insectes. Certains adeptes vont même jusqu’à mettre un voile devant leur bouche pour ne pas avaler d’insectes par inadvertance. C’est une religion sans dieu et ouverte à toutes les castes. Pour tout homme, la non-violence, la sincérité, l’honnêteté, le désintéressement à la possession et la probité sexuelle sont les cinq voeux majeurs qui permettent d’accéder au nirvâna. Ceux qui y parviennent sont adorés au titre de maîtres spirituels, les Tirthankaras. Le temple principal d’Adinatha est consacré au premier Tirthankara de la cosmologie jaïne. L’univers ne fait qu’un et toutes les vies sont interdépendantes. L’univers est fait de particules invisibles dont certaines s’agrègent au cœur des hommes qui font le bien. Il faut noter que les hindous reconnaissent la lignée des Tithankaras ainsi que les principes fondateurs du jaïnisme. Le yoga est philosophiquement lié à la pratique de cette religion.

Nous sommes restés deux heures dans le temple principal à contempler les sculptures, à déambuler dans les chapelles et à parler aux pèlerins. Nous quittons le temple avec le sentiment d’avoir vu quelque chose d’exceptionnel et pour tout dire de plus marquant que le Taj Mahal lui-même. Nous rejoignons notre guide qui s’est un peu impatienté. Il faut dire qu’il nous attendait à l’extérieur en pleine chaleur. Nous avons pris du retard sur notre programme.

Vers 15 heures, nous mangeons puis reprenons la route pour Jodhpur. À 30 minutes de l’arrivée, nous nous arrêtons pour aller à la rencontre des vishnoïs.

2°) Rencontre avec les vishnoïs

Les vishnoïs sont un peu plus d’un million à vivre au Rajasthan mais ont souvent déserté les villages au profit des villes. Ils sont connus pour le respect du vivant (animal et végétal) et pour la pratique de l’allaitement inter-espèces. Les femmes allaitent les antilopes, les gazelles et les faons abandonnés et blessés. Comme le Dieu des vishnoïs réside dans toutes vies, il faut donc tout faire pour sauver un animal blessé ou un arbre malade. Les vishnoïs sont évidemment végétariens et, contrairement aux hindous, ils ne brulent pas leurs morts mais les enterrent. Leur gestion de l’eau est rationnelle. Il n’est peut-être pas abusif de dire que les vishnoïs sont sûrement les premiers défenseurs du vivants… les premiers écologistes.

Avant d’aller à la rencontre des vishnoïs, notre guide nous informe que nous devons obligatoirement louer les services d’un guide dédié (prix : 1600 Rs/pers.). Le tarif est manifestement excessif mais nous n’avons pas le temps de trouver une alternative.

Petit tour en 4×4 dans la campagne aride pour apercevoir quelques antilopes nilgaut et des paons. Les enfants sont toujours heureux de voir des animaux en liberté mais Anaïs et moi trouvons cela un peu light pour le prix payé. Nous nous arrêtons dans un atelier de poterie. Hugo essaie avec peu de succès mais beaucoup de bonne volonté de pétrir une jarre.

Hugo

Nous sommes ensuite reçus dans une famille vishnoï qui nous présente sa modeste demeure. Dans un coin, une femme a allumé un feu et prépare à même le sol des chapatis, des pains traditionnels indiens. Comme il est interdit de couper du bois, le feu est alimenté par des galettes de bouses de vache.

Le chef de famille est habillé de blanc en signe de dévotion. Il nous montre la décoction de l’opium et nous propose d’y goûter. Bien qu’interdite, cette puissante drogue est ici tolérée mais pour un usage strictement privé. Nous refusons poliment malgré l’insistance de notre hôte qui nous promet une résistance aux maladies et à la fatigue.

La décoction de l’opium

Les villageois chez qui nous sommes n’ont pour toutes richesses que cinq vaches et quelques arpents de terre. La déception est grande lorsque notre guide nous dit que nous ne verrons pas les femmes allaiter les animaux. Nous étions venus pour cela mais, comme il nous l’explique, cette pratique est en déclin.

A lire sur les Vishnoïs :
« La forêt des 29″ de Irène Frain.

Une autre famille vishnoï installée non loin de là nous montre le travail du tissage. Cette fois, c’est Théo qui s’y essaie. Deux semaines de travail sont nécessaires pour faire un tissage d’un mètre vendu une centaine d’euros. Ici, le temps ne passe pas de la même façon qu’en occident et l’argent n’a pas la même valeur.

Théo

BILAN

Les plus :
✅ Ranakpur, étape culturelle et spirituelle unique.
✅ Cadre naturel paisible des monts Aravalli.

Les moins :
❌ Rencontre avec les Vishnoïs : les guides pratiquent des prix excessifs et la visite à un côté un peu trop touristique.
❌ Ranakpur est isolé et le trajet peu paraître long pour la visite de temples. Il faut être passionné.
❌ Hormis la visite des temples, rien à faire de particulier autour de Ranakpur.

Margaux

Nous reprenons la route pour rejoindre Jodhpur qui n’est plus qu’à une demi-heure. On the road again 🎶🎶… mais Margaux garde le sourire.

Prochaine étape : JODHPUR.

RAJASTHAN – ÉTAPE 6
JODHPUR – 1 jour

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